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Éducation populaire et centre de vacances

C’est au XIXème siècle, d’abord avec Condorcet, un des philosophes des lumières, puis avec Jean Macé, fondateur avec d’autres de la Ligue de l'Enseignement, que l’idée d’une éducation permanente pour tous apparaît. Plus tard, les lois Jules Ferry vont contribuer à la mise en place d’un système de vacances pour enfants, moins dans un souci de vacances, concept non existant en cette fin de siècle, que dans une volonté de libérer les enfants pour aider aux travaux des champs. Vers 1890 apparaissent les premières colonies de vacances, essentiellement religieuses, qui ont surtout une visée hygiéniste (traitement de la tuberculose, du rachitisme, soins du corps… et de l'âme)
Dans le contexte d’une concurrence public/privé que la loi de 1905 a souhaité clarifier, tout ce qui aura trait à l’éducation, que ce soit hors ou dans l’école, restera encore sensible jusqu'en 1936. En effet, au moment de la mise en place des congés payés, une politique en faveur de la jeunesse, des sports et des loisirs est créée sous l'égide de Léo Lagrange : les vacances sont davantage pensées et destinées au repos et à l'épanouissement personnel.
Après la seconde guerre mondiale, la professionnalisation et l’encadrement des colonies de vacances se structurent. Une multitude de mouvements de jeunesse et d’éducation populaire avec chacun des identités qui couvrent tous les champs utiles de l’éducation populaire prennent naissance (CEMEA, UFCV, FRANCAS, …) ;ils revendiquent une conception de l’animation qui vise l’émancipation des personnes et des groupes, reconnaissant à tous la volonté et la capacité de progresser à tous les âges de la vie.
Entre 1950 et 1960, une urbanisation intensive va accueillir des populations rurales ou défavorisées qui, outre une construction de logements sociaux regroupés, initiera la mise en place d'équipements socio-éducatifs ayant pour but de favoriser leur intégration : ainsi l’explosion de colonies (bientôt centres) de vacances avec des accueils en Savoie, Haute Savoie, Bretagne et Côte Atlantique d’enfants venant essentiellement du Nord et de la région parisienne. Ces établissements permettront à de très nombreux enfants et adolescents une vie collective qui mêle activités sportives et culturelles, nourriture et soins adaptés, l’ensemble encadré par des personnels qualifiés attentifs : partir ne relève plus du caritatif ou de la charité mais devient l’occasion pour l’enfant de découvrir un rapport différent aux autres et d’apprécier des rythmes et lieux de vie nouveaux.
Vers 1960 sont créés des centres aérés, qui correspondent à un besoin social de loisirs de proximité ; là aussi, seront développés les capacités, pour tous ces enfants, à vivre ensemble, à confronter leurs idées, à partager une vie de groupe ; là encore, l’accès aux arts, aux sciences et techniques, aux sports et activités ludiques est privilégié.
Mais, à partir des années 1970, l'Etat se désengage petit à petit des financements de la construction d’équipements des centres de vacances, de leur fonctionnement et de la rémunération des animateurs. Selon leur politique, les communes, ainsi que de nombreux comités d’entreprises, accorderont plus ou moins d’intérêts aux actions en faveur de la jeunesse et de l’éducation populaire, subventionnant les séjours en centres de vacances selon des choix politiques ou économiques très divers.

Par la suite, la politique de la ville va permettre à l’État de rejouer un rôle d'impulsion et de coordination de projets, souvent cofinancés, pour aider à une vie plus éducative dans les quartiers et ce au sein de structures associatives : toutes ces relations contractuelles entre les divers financiers favoriseront la notion de prestation de services qui, sans doute, prend le pas sur les projets associatifs.
Aujourd’hui la référence à l'éducation populaire est souvent remplacée par le concept d’animation socio-culturelle : on a peut-être sensiblement perdu la dimension humaniste originelle qui visait davantage les populations les plus défavorisés économiquement, socialement et culturellement, dans une vision plus intergénérationnelle et prenant en compte l’ensemble des activités humaines.
Les acteurs de l'éducation populaire restent attentifs aux politiques publiques des collectivités territoriales et des comités d’entreprises, dans un système partenarial complexe où l'associatif doit pouvoir retrouver sa place : la lutte contre les inégalités sociales et culturelles reste l’objectif premier de l'éducation puisqu’elle contribue prioritairement au développement de la démocratie.
Les Amis de Ker Nétra, avril 2019
Si vous voulez en savoir plus, nos propositions de lectures :
Houssaye J. (1989). Le livre des colos. Histoire et évolution des centres de vacances pour enfants. Paris : La Documentation française.